Ce blog est aussi un espace où vous pouvez nous présenter vos actions, vos points de vue sur la politique de la Ville. Illustration aujourd’hui avec Meriem Fradj , Présidente de l’association
le Mat, rencontrée à Valence, et qui nous présente le jardin partagé au cœur du quartier
Fontbarlettes.
Une culture du "champ" social
L’action que nous présentons, ici, s’initie dans un transfert de compétences
du développement local en zone rurale désertifiée vers un développement social en territoire urbain classé en ZUS. Elle s’inscrit aussi dans les valeurs de l’éducation populaire, une dynamique du
« Faire Avec », favorisant la reconstruction d’une posture d’habitants structurants, responsables et associés pleinement à une dynamique de projet et de territoire.
L'histoire de I’implantation et des actions de I’association Le Mat à Fontbarlettes - Valence le Haut, à partir de 1986-1988, va démarrer avec l’installation d’un groupe d’acteurs déjà investis
dans la création d’une activité économique autour de la filière laine au fin fond de l’Ardèche. Leur expérience avec l’entreprise Ardelaine, part d’une réflexion sur le territoire avec la valorisation d’une ressource locale et la restructuration d’une filière à
partir des savoir-faire à reconstruire. Partant de cette expérience de développement local, l’équipe initiale va transposer son approche rurale à un espace spécifiquement urbain.
En premier lieu sur la question des ressources, l’équipe va très vite appréhender que la principale richesse de ces quartiers dits « difficiles » : ce sont les personnes qui y vivent. Miser sur
les ressources humaines du milieu sera la clef de voute dans le développement des actions avec les questions de la restructuration d’un milieu à partir d’un processus restaurant des liens de
confiance entre les personnes.
Ensuite, les acteurs de l’association Le Mat-Drôme résidant sur le quartier vont s’investir dans la vie locale et susciter différents projets avec les habitants, pour des actions de
réappropriation du cadre de vie et de transformation de ses usages.
Ce qui est fondamental pour nous, dans notre méthode, est notre posture dans le travail de concertation et de réalisation de projet qui s’incarne « avec » et non « à côté » des personnes
concernées. La notion d’association de personnes impliquées dans leur lieu de vie et la mobilisation d’une dynamique organique pour le territoire, sont pour nous l’enjeu et le
but du projet. Notre méthode s’apparenterait ainsi particulièrement bien à l’œuvre-citation de l’artiste Ben Vautier : « ce que l’on fait / pour les autres / sans les
autres / c’est contre les autres ».
Le quartier où nous sommes installés offre un environnement très vertical, bétonné et dur. De fil en aiguille nous avons partagé des actions avec de nombreux habitants et échangé encore avec
beaucoup d’autres autour de petits gestes d’embellissement. C’est de ces échanges qu’a émergé l’idée de créer des jardins au milieu du quartier baptisés « l’Oasis Rigaud », qui
ont vu le jour en 2003 et se sont agrandis en 2011.
La démarche d’une localisation des jardins en pied d’immeubles, au milieu des
espaces de vie, est prépondérante, à l’opposé des implantations périphériques qui ne profitent qu’aux seuls usagers et qui ne créent pas de dynamique d’appropriation. C’est également la condition
sine qua none pour amener une véritable notion d’échange, de jardin partagé. Cela devient un espace où les personnes se construisent pour eux-mêmes et ensemble, un jardin qui
crée un autre paysage pour tous les autres, alentour ; un espace occupé d’activités positives et structurantes, une mosaïque humaine où de nouveaux liens se tissent harmonieusement. La plus-value
représentée par cet écrin de culture et de biodiversité au milieu d’un quartier d’habitat populaire n’est pas quantifiable, tant elle touche au mieux être économique (par la fonction vivrière), à
la paix sociale, à l’image de soi et à l’acceptation des autres.
Actuellement les jardins partagés changent de paradigme, d’un projet axé sur le cadre de vie et le lien social, les savoir-faire et -être des habitants-jardiniers permettent d’approfondir la
dimension initiale vers un mouvement d’agriculture urbaine et d’aménagement du territoire mené par une « micro-paysannerie » renaissante.
A l’Oasis Rigaud, la dynamique se nourrit de la participation volontaire et des compétences de chacun, les membres de l’association alimentent cette mécanique vertueuse en évitant de se placer
comme « paravent ». Les personnes doivent et peuvent s’emparer de leur capacité citoyenne dans ce contexte*. Au final, il s’est construit un authentique partenariat de co-acteurs où chacun
profite de la richesse du groupe sans préjuger de sa position initiale.
*A noter l’implication de jardiniers dans le Conseil d’administration, création d’un comité de gestion interne aux jardins, réalisations d’une charte de fonctionnement avec tous les
jardiniers, et réunions plénières pour débattre et acter des décisions.